Je suis bien. Je crois que je n’ai jamais été aussi
pleinement heureuse. Le rêve s’est installé dans ma réalité, le rêve d’une vie
enfin réalisé.
Dix ans d’attente, de désirs, de plaisirs,
d’humiliations et de dépravations. Pour en arriver juste là, juste maintenant,
à cette seconde, allongée là, dans ses bras, l’oreille contre son cœur, bercée
par ses battements si semblables aux miens.
Cette journée comme un rêve. Je le savais. Depuis
plusieurs jours. J’ai toujours su que ce que je voyais quand je volais n’était
pas seulement onirique. D’ailleurs ai-je jamais vraiment dormi ?
Je l’ai vu tourner autour de Roy. Je l’ai vu pleurer.
J’ai pleuré de joie moi aussi quand il a loué cet appart dans l’immeuble. Il se
rapprochait. Il allait venir. C’était écrit de toute éternité, il n’y avait pas
d’autre issue à nous deux. Nous ça ne pouvait pas s’arrêter dans une salle de
cinéma pourrie.
J’ai attendu. Je me suis souvent posée sur sa fenêtre.
J’ai vu sa femme, et son ventre qui s’arrondissait. J’ai vu ses nuits blanches,
ses doutes, ces cigarettes qui se consumaient toutes seules pendant qu’il
pleurait.
Il ne m’a pas remarquée. Il ne pouvait pas savoir. Bien
sûr. Personne n’est préparé à l’inimaginable.
Je l’ai vu consulter le site. Plusieurs fois. Remplir
le formulaire. Renoncer. Tout effacer. Recommencer. Il fallait qu’il sache,
bien sûr. Il avait besoin d’expier, de se racheter. Il allait venir. Il fallait
juste lui laisser le temps.
Et puis tout arrive. L’homme est faible. Guidé par sa
culpabilité. Il ne pense plus, il n’en peut plus, même ses joggings nocturnes
ne le fatiguent plus assez. Il n’a plus de répit. Il doit se libérer.
Quand il est entré tout à l’heure, avec son bandeau sur
les yeux, mon cœur a bondi dans ma poitrine. Enfin. Notre heure était venue.
C’est Roy qui l’a amené jusqu’à moi. Je n’ai accepté de
le recevoir qu’à condition de n’échanger aucun mot. Je ne veux pas l’entendre.
Je sais déjà ce qu’il ressent, je n’ai pas besoin qu’il me le dise. Je ne veux
pas de ses excuses, je ne veux pas connaître sa vie. Je m’en contrefous. Je
veux juste qu’il me fasse l’amour.
J’ai demandé à Roy de rester dans la chambre. De
m’offrir la protection de son regard. D’être heureux avec moi. Cette histoire,
c’est nous trois ou rien.
Tom s’est approché du lit. Il tremblait. Il pleurait.
Tellement attendrissant. Je l’ai déshabillé lentement. Tendrement. Doucement.
En embrassant chaque millimètre de sa peau.
Il était à moi. Ma créature. Mon plaisir. C’était le
deal.
Quand il a été nu, debout devant moi, je l’ai regardé
un long moment. Il était toujours aussi beau. Plus beau maintenant qu’il était
homme. Un homme qui prenait soin de lui. Il ne savait pas ce qu’il devait
faire.
Je l’ai lavé, comme je le fais toujours. Cette toilette
était caresse. Je ne me suis pas gênée pour l’enduire de lait parfumé à la
mangue, cette odeur douce, piquante, enivrante, d’une saveur venue de nulle
part, si rare de nos jours. Je voulais que mon parfum reste sur sa peau
longtemps. Que l’autre le respire quand il retournerait à ses côtés.
J’ai assisté à la brusque montée de son désir. Il
frissonnait. Moi aussi. Je voulais profiter de cet instant le plus longtemps
possible.
Enfin je l’ai fait venir sur le lit. J’ai pris sa main,
je l’ai posée sur mon sein. Lui ai donné à sentir la douceur de mon téton
dressé, la puissance de mes frissons, du désir inassouvi que j’avais pour lui
depuis tant d’années.
Et puis, toujours guidée par moi, sa main a parcouru le
chemin de mon sein à mes moignons. Mon ventre tendre, mes cuisses ouvertes.
Doucement un passage sur mon sexe, pour qu’il en perçoive l’humidité.
Et les moignons. Le test. Réécrire l’histoire. Il n’a
pas bronché. Il a souri en les caressant comme s’ils étaient ce qu’il avait de
plus cher au monde. J’ai vu son visage se détendre d’un coup, toute culpabilité
envolée, il a été enveloppé d’une lumière venue d’ailleurs. Venue du fond de
son âme endolorie.
Alors je l’ai laissé me faire l’amour. Je n’ai pas
joui. Je regardais Roy. Je le voulais ainsi. A un moment j’ai tendu ma main, et
Roy est venu l’attraper.
Je me suis accrochée à lui, tandis que l’autre haletait, tout à son désir assouvi.
Je me suis accrochée à lui, tandis que l’autre haletait, tout à son désir assouvi.
Quand j’ai su qu’il allait venir je l’ai repoussé
brusquement. Je l’ai allongé sur le dos, et j’ai commencé à le sucer.
Violemment. Pendant ce temps les mains de Roy couraient sur mon corps.
Rassurantes. Encourageantes. Tendres et douces.
Je ne lui ai pas fait mal. Je l’ai laissé jouir dans ma
bouche.
A cet instant je lui ai retiré son bandeau. Je lui ai craché son sperme à la gueule.
Je l’ai regardé droit dans les yeux un long moment. Il
a pu y lire tout mon mépris, toute ma haine. Tout ce que j’avais mûri en moi si
longtemps.
Non mais il croyait quoi ? Les contes de fées ça
n’existe pas. La jolie princesse qui dort pendant 10 ans en attendant son
prince est morte avant d’être née, on lui a coupé les pattes avec cette putain
de guerre chimique.
On en a fait une mutante capable de voyager dans les
pensées des autres, mais incapable d’aimer.
Au bout d’un moment il s’est remis à pleurer. Le mépris
que j’ai pu ressentir à cet instant. Aucune dignité. Je me suis détournée et j’ai
embrassé Roy.
Nous avons fait l’amour longtemps, tendrement,
doucement.
Roy c’est mon havre, ma maison, mon tout, mon autre
moi. Lui seul sait ce que je ressens, lui seul connaît mes mots d’amour et mon
plaisir.
A un moment l’autre est parti. Je ne sais pas quand, je
fermais les yeux, je n’étais que plaisir, tendresse, jouissance, intimité.
Et maintenant je suis dans ses bras, en sécurité, tout
contre lui, contre Roy, mon moi parfait. Je suis bien.
Nous allons partir, quitter cet endroit, tout laisser
derrière nous, et recommencer.
Nous envoler.
Martine Désanges
6 Octobre 2013
6 Octobre 2013
*Tous droits réservés*

Une chronique âpre et forte. La passion qui se fait revanche. Avec brio dans la rancœur. Les blessures de l'âme ne guérissent qu'en deçà du seuil limite de l'amour propre. Tu es en train de t'envoler Loulou.
RépondreSupprimerMerci Gatsby Le côté sombre me va bien, j'y reviendrai je pense. Joy ne peut pas être une jeune fille bien sous tous rapports, ça me semblait être une évidence. Mais moi je ne vole qu'en rêve, dommage :)
SupprimerBravo Martine pour cette série de nouvelles qui devient un rendez vous et dont nous attendons chaque épisode avec de plus en plus d'impatience!
RépondreSupprimerMerci cher Denis, je prends moi même de plus en plus de plaisir à les écrire. que demander de plus ?
SupprimerBonne préparation pour un éventuel roman????
SupprimerHahaha ! tu es gentil :)
RépondreSupprimerSuperbe
RépondreSupprimerMerci infiniment
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