jeudi 17 octobre 2013

Blessures intimes



“Lie to me again” she whispered

“I love you” he said

*THE END*

Je lève les yeux de mon bouquin, et je te regarde.
 
Tu dors.

Tu es si beau quand tu dors.

Enfin tes traits sont apaisés, tes yeux fermés sur ta tristesse.
 
J’ai envie de toi.

Besoin d’entendre ta voix, d’embrasser ces lèvres douces et exigeantes, besoin de tes mains sur ma peau, de tes mains partout.

Je ne devrais pas lire ce genre de livres quand tu dors mon amour.

Trop envie de te réveiller pour t’entendre dire que tu m’aimes. M’aime si c’est un mensonge, cela demeure un songe. 

Toutes ces nuits à te regarder dormir. A guetter le moindre frémissement. Me touchera-t-il cette nuit ? Retrouvera-t-il le chemin de mon corps ?

Je n’ose plus m’approcher, me serrer tout contre toi et poser mes mains sur ton torse, sur ton sexe. J’ai si peur que tu me repousses encore. Si peur de cette colère, de cette violence à peine contenue.

Quand tu prends ma main pour la jeter loin de toi, c’est pire que si tu me frappais. 




Je suis tellement désolée. Oui, j’ai commis une erreur. Une seule. Ose me dire que tu n’as jamais pensé à me tromper.

Ose me dire que toutes ces années passées ensemble tu n’en as jamais désiré une autre. Que la lassitude ne s’est pas installée petit à petit dans notre couple.

Mais on s’en fichait de ça, car nous savons si bien comment ranimer la flamme.

Mais la vie. 

Il est jeune et beau tu sais. Et quand il me regarde… Je vois tant d’admiration dans ses yeux. Et il me le dit. Il me dit que je suis belle, et je le crois. C’est idiot je sais, mais il y a ce regard de braise…

Et il est si doux et tendre.

Jamais il ne me fera mal, jamais. Parfois même il se contente de me regarder. Et moi je suis toute mouillée rien que sous ce regard noyé de désir.

La plupart du temps je ne mets pas de dessous quand je vais le voir. 

Et rien que sur le trajet déjà je suis excitée du regard de ces hommes. Je sais qu’ils devinent. Nous échangeons des clins d’œil complices. Parfois je fais exprès de laisser tomber quelque chose, et de me pencher pour le ramasser. Juste assez pour qu’ils devinent mon intimité.

J’aime ces jeux. Mais ce ne sont que des jeux.

Toi, je t’aime. Mais tu ne me regardes plus…

Alors oui j’ai cédé à la tentation, je me suis inscrite sur ce site de rencontres.

La première fois je ne l’ai même pas vu. Il m’avait donné rendez-vous dans un hôtel minable, près de St Lazare. J’avais pour instructions de frapper à la porte de la chambre puis de me retourner. Je savais ce qui m’attendait.

J’avais choisi mes vêtements avec précautions. Un chemisier légèrement transparent, pas de soutien-gorge, ma jupe noire, des bas, mes escarpins à talons de 8 cm, ceux avec la bride, que tu aimes tant parce qu’ils me font de jolies jambes. Un string noir en dentelles acheté spécialement et que je planquais dans mon sac à mains depuis tout ce temps.



J’ai frappé, je me suis retournée. Il m’a délicatement noué un bandeau sur les yeux. « Chut, ne dites rien, entrez que je vous regarde ».

Je suis entrée. Je tremblais. J’avais la bouche sèche. Je ne pouvais m’empêcher de penser que je devais être toute rouge après avoir marché depuis la gare. Et mon cœur battait… Mon amour je dois confesser que je n’ai pas du tout pensé à toi à cet instant. J’aurais peut-être dû, car alors je serais partie en courant.
Mais je suis restée. J’ai même réussi à sourire, je voulais être désirable.
Lui il respirait fort. Aucun de nous ne bougeait. J’ai su par la suite qu’il avait été terriblement ému de me découvrir ainsi fragile, vulnérable et sexy.

Au bout d’une éternité ou deux, il s’est décidé. Il a commencé à déboutonner mon chemisier. 

A ma grande honte mes tétons ont pointé immédiatement, et j’ai senti mon entrejambes s’humidifier. On ne peut pas faire confiance à un corps, il y a des réactions qu’on ne maitrise pas.

Puis ses mains (si douces et délicates, pas des mains d’ouvrier, des mains de jeune homme usées seulement par la peau des femmes) ont écarté mon chemisier. Je m’attendais à ce qu’il me caresse mais non. Il a pris un de mes tétons dans sa bouche. Comme ça. Simplement. Et moi je me suis mise à gémir…

Il ne m’avait pas touchée. Juste effeuillée.

Il a descendu la fermeture de ma jupe, et l’a baissée. Il avait toujours mon sein dans sa bouche.

Il a mis ses mains sur mes fesses, les a serrées un long moment. Puis a exploré mon intimité de ses longs doigts habiles.

Toute mon intimité mon amour. Même là où tu n’as jamais voulu aller.
A un moment, je ne sais plus quand, je me suis retrouvée allongée sur le lit, gémissant, il me fouillait de ses doigts, de sa langue… j’ai dû mettre mon poing sur ma bouche pour ne pas hurler. 

Et d’un seul coup il s’est arrêté. J’ai senti le lit bouger, un courant d’air, la porte a claqué.

Il était parti. J’avais à peine entendu sa voix, je ne l’avais pas vu, je ne savais même pas à quoi il ressemblait.

Et j’étais là allongée sur le lit, toute à mon désir enfin assouvi.

Je n’ai pas retiré le bandeau tout de suite. Je me suis caressée mon amour. Jusqu’à n’en pouvoir plus. Et là enfin je pensais à toi. Tu es toujours présent quand je jouis.

Quand je me suis réveillée il faisait nuit noire. Je me suis relevée maladroitement, j’ai ôté le bandeau, cherché à tâtons l’interrupteur, allumé.
La lumière a jailli, crue, sans pitié. Dans le miroir il y avait cette femme plus toute jeune, presque nue, avec du rimmel étalé sur les joues. Et un regard halluciné. Elle était belle cette femme mon chéri. J’aurais aimé que tu la voies ainsi.



Il y avait une note sur le lit. « Vous êtes belle, douce et sucrée ».

Voilà, je ne savais même pas si je le rencontrerais de nouveau. Mais je savais que j’en avais envie, terriblement.

Parce que dans son regard que je n’avais pas croisé, sous ses mains, sous sa bouche, je m’étais sentie vivante mon amour.

Et je l’ai revu. Encore et encore. 

Et je ne regrette rien, car sans lui je serais morte comme le regard que tu me jettes aujourd’hui quand par hasard tu te laisses aller à croiser mes yeux.

Tu ne m’adresses plus la parole depuis que tu as découvert que je pouvais moi aussi aller chercher ailleurs le plaisir que tu ne sais pas me donner.
Et je ne sais même pas si tu souffres de mon infidélité par amour, ou simplement parce que j’ai offensé ta mâle fierté.

Parle-moi, mon amour, regarde-moi ! Touche-moi !
Et si tu ne le fais pas… chaque matin au réveil tu trouveras sur ton oreiller le récit de l’une de nos rencontres.

Je ne t’épargnerai rien.
Martine Désanges
17 Octobre 2013
*Tous droits réservés * 

4 commentaires:

  1. J'aurais du mal à encaisser le cas échéant. Les raisons qui poussent les êtres à tromper sont légions. On comprend mais doit on pardonner? Quelles que soient les raisons, il faut avoir le courage de parler avant de blesser et de partir si la parole ne suffit pas. Avant de tout salir. De se salir. Beau texte. Amen.

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    1. Merci. Je crois à la force du pardon, même si je doute qu'à terme il puisse vraiment remplacer l'amour. Mais quand il y a fêlure, le contenant se brise t il fatalement ? Quel ciment peut le maintenir en l'état ? Ou au contraire quelle pression intérieure peut le faire voler en éclat ? L'amour est il tout dans un couple ? Tromper est il le terme approprié ? N'est ce pas un appel au secours désespéré, parfois ? A voir...

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  2. Quelle insentite dans les sentiments ouah texte fort et dur super bien écrit bravo Martine

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    1. Merci encore Arnaud, tes compliments me font un immense plaisir ♥

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